Dans un petit village viking, un jeune garçon doutant de lui et mal dans sa peau essaie d’accomplir ce qui rendra son père fier de lui. Il veut affronter les dragons lui aussi. Après avoir abattu un Furie Nocturne, né de l’orage et de la mort, il se rend compte en voyant son regard que c’est un être vivant avant tout. Il ne peut pas le tuer. L’hésitation est trop forte. Il le libère, et voit qu’il ne peut pas sortir. Il l’aidera alors, à se nourir, trouvera un moyen de l’aider à voler. La compassion deviendra amitié. L’amitié deviendra un lien capable de changer le monde et ses préconceptions. Le jeune garçon doutant de lui et le dragon mutilé deviendront des forces rendant le monde meilleur pour le petit village viking et autour de lui.
Dragons (How to Train Your Dragon en anglais) est un de mes films préféré. J’aime sa musique, mais surtout son histoire (à quel point Krokmou est adorable joue aussi surement). Si c’est l’histoire d’un héros dont la volonté réussira à changer les choses, au final cette volonté sera secondaire par rapport à sa principale qualité : son humanité.
Harold, on est sans doute nombreux à se reconnaitre en lui. À avoir eut la sensation de ne pas être normal, et avoir du plonger dans des attendus qui n’étaient pas les nôtres, mais ceux d’autrui. Que ce soient ceux de nos parents, ceux de la société. Harold au fond essaie d’être le type d’homme qu’il ne veut pas vraiment être pour impressionner son père et toute sa société. Cette performativité du rôle de guerrier est quelque chose de très présent ici. Mais au final, ce qui le transformera sera un lien, considéré comme anormal.
Krokmou et lui se complètent. Krokmou ne peut pas voler sans Harold, et comme on l'apprendra dans un mini-film spécial : ne VEUT pas voler sans lui. Et Harold… bah ne vole pas. Les deux se respectent et s’entraident. Krokmou est prêt à se mettre en danger pour son ami, et Harold aussi, alors qu’il est largement moins fort qu’un dragon. Dans chaque film, nous voyons cette amitié affronter des êtres d’une puissance incroyable, des idées reçus, des visions du monde qui traitent les dragons comme des bêtes sauvages, bonne à être massacrée ou faire la guerre. Ils affrontent des tragédies et réussissent à s’en relever. Quand Harold grandis, il ne perd pas ses convictions, mais trouvent une force de les appliquer, de les tenir, de mener le monde vers le monde dont il rêve. Il prend ses responsabilités sans oublier son objectif, et cherche le mieux pour tout le monde. Face à l’être le plus abject, Drago Poinsanklant, qui confronte directement son idéal et semble le montré comme voué à l’échec, il gagne, et avec détermination réaffirme son idéal : un monde où coexisteront les humains et les dragons.
C’est une histoire un peu naïve, mais qui a une force, qui est importante pour beaucoup d’entre nous. Déjà parce que cela montre la force de combattre des idées reçues, alors que le monde se plonge constamment dans les clichés et haine préconçue. Cela montre aussi ce qu’on veut tous croire, à cette amitié qui transcende ces haines et ces clichés, et à voir ce personnage évoluer et grandir. Devenir la personne non pas que les autres voulaient qu’il soit, mais qui il est.
Quand Dragons 3 est sorti en 2019, qu’est-ce que j’étais hypé. Comme je regarde souvent les films comme des trilogies, bah, je me disais « la fin de cette saga que j’adore arrive », je voulais voir comment allait se conclure les aventures d'Harold et Krokmou, je voulais voir la conclusion de cette épopée contre la haine, de cette ode au rassemblement.
Et boy que je l’ai vu. Et j’ai détesté. Je ne vais pas parler de la flanderisation des personnages, de l’intrigue qui est un ressassé du deux (quoique peut-être que ça va revenir), pour me concentrer sur ce qui m’a le plus ennuyé. Non, ce qui m’a mis le plus en colère, parce que j’ai eut l’impression qu’on se foutait de moi.
Voici pourquoi je trouve la fin de Dragon 3 catastrophique.
Je vais commencer par un cours résumé de Dragon 3 :
Un an après la fin de Dragons 2, Harold est désormais le chef de Beurk. Lui et ses amis mènent des raids contre des chasseurs de dragons, pour libérer les dragons. Mais en même temps qu’ils font ça, ils souffrent de la surpopulation des dragons. Un nouvel ennemi arrive, Grimmel. Tueur des Furies nocturne, il veut éliminer Krokmou pour finir le travail. Il libère une furies éclair, pour attirer Krokmou. Cela marche : alors qu’Harold se questionne sur comment résoudre la surpopulation, la Furie éclair s’écrase dans l’immense partie inhabité de l’île, et Krokmou en tombera amoureux, et partira avec.
Harold le retrouvera, après une défaite contre Grimmel, dans le mystérieux “monde perdu”, ou ils vit avec la Furie éclair. Ils reviennent chez les vikings avec Krokmou, mais Grimmel les a suivi et à capturé les dragons. Suite à un affrontement, Harold fini par sauver la Furie éclair pour qu’elle sauve Krokmou, et celle-ci sauve Harold aussi en retour.
À la fin, Harold estime que les dragons doivent vivre dans le monde perdu, loin des humains et de leur cupidité, et tout les dragons partent dans le monde perdu. Au bout de 10 ans, les dragons ne sont plus qu’une légende, et si Harold revoit Krokmou, il est bien estimé que c’est la fin de cette prenthèse qui a été la cohabitation des habitants de beurk et des dragons.
Je n’aime pas ce film, je n’aime pas cette fin. Ce n’est pas juste qu’elle est triste qui me pose soucis, j’adore plein d’histoire avec des fins tristes, voire tragique. Mes soucis, c’est deux choses :
- Elle se produit face à un ennemi qu’est juste une redite du 2.
- Elle est une trahison complète de tous les thèmes de la série, de tout ce que signifie la relation entre Krokmou, et ne fait pas vraiment de sens.
Le premier point encore, je peux le pardonner. Même si une grande partie du film reprend le 2 en moins bien (le monde caché avec des dragons dedans, l’ennemi allant à l’encontre des idéaux d'Harold), ça aurait pu être en partie pardonné avec un bon send-of. Mais celui du film est juste très mauvais.
Le premier message du film que ça brise est celui que les êtres vivants sont plus que les clichés qu’en ont sur eux. Sur le misanthropique “la cupidité des humains”, Harold oublie que SON VILLAGE ENTIER a aidé et protégé les dragons comme ils pouvaient. Parce que des humains sont cruels avec les dragons, il faudrait oublier tout ce qui s’est passé quand ils ont travaillé ensemble ? Je n’ai jamais aimé cette pseudo-morale “humans are the real virus”, c’est juste un reçussé de l’humanité ternie par le péché originel. L’être humain, comme les dragons, n’est pas cupide et cruel par nature. Des tonnes de gens vivent leur vie tous les jours, et se montrent pleins de courage, de compassions. Oui, l’humanité en tant que groupe est cruelle envers la nature, les animaux, etc. mais ce n’est pas un résultat d’un trait inhérent à l’espèce l’exploitation de la nature qu’on fait, c’est en grande partie un effet de l’industrialisation et du capitalisme. D’idéologie nous plaçant au-dessus de la nature. Donc en postulant un “la cupidité humaine” basique, Dragon 3 ignore tous les efforts faits par Beurk, ou plutôt estimant qu’ils font un “dernier effort” qui est d’abandonner leurs amis. Je n'aime vraiment pas ce genre de misanthropie un peu bateau.
Aussi ce qui m’embête… parce que des humains sont cruels, les dragons devraient partir vivre caché, refuser de se montrer ? Ils perdraient le droit d’exporer le monde, leur liberté ? C’est ça aussi la morale de ce film ? Si des gens te veulent du mal, fuis et reste caché. Je me doute que c’est pas du tout le message que le film veut donner, mais en tant que LGBT, j’avoue que j’apprécie pas du tout d’entendre ça. Des tas de gens nous haïssent, aimeraient bien qu’on reste caché, qu’on perde notre liberté de nous exprimer (parce quand on parle, c’est de la propagande), d’être librement, nous… Du coup, j’aime pas du tout le message de “les dragons doivent aller s’enfermer loin de l’humanité pour vivre heureux”, alors qu’ils ont un village entier qui fait de son mieux pour améliorer les choses. Et ce n'est pas une histoire forcée de surpopulation qui va rendre ça plus acceptable (outre que “on expulse une partie de la population est cringe”, le film montre la Furie éclair s’écraser dans toute une partie inhabitée de l’île comme je l’ai rappelé dans le résumé) : parce que ça transpire le conflit artificiel qui n’existe que pour amener cette fin pseudo-triste. Et ça m'embête parce que je sens que le film veut faire une fin se voulant "mature", avec un côté "parfois il faut accepter que les bonnes choses ont une fin"… sauf qu'ici la bonne chose c'est "un espace où humains et dragons peuvent vivre ensemble, peuvent tenter quelque chose de plus grand". Pour moi, ce n'est pas de la maturité, c'est du cynisme. Ce n'est pas mature de dire "ce sera difficile, un combat permanent, donc on abandonne". Parce que du coup, on fait ça avec l'extrème droite ? Avec tout les gens pleins de haines ? Fuck non !
Le dernier, est que je trouve que ça se ressent aussi un peu comme un crachat, non ? Durant deux films, on nous dit “regardez cette relation, elle est belle et importante”… et au final nope. Surtout que y’a un peu, combiné au mariage d’Astrid et Harold, ce film donne l’impression d’être un 180° sur l’idée qu’il faut grandir pour devenir la personne qu’on veut être. Krokmou quitte Harold pour une dragonne (qui comme deux vidéo que j’ai vu l’ont fait remarquer n’a qu’une dizaine de minutes à l’écran), et Harold ensuite se marie. Les deux quittent le fait d’être hors des normes de la société pour plonger dans un mariage hétéro classique, pour se “ranger”. Les deux se mettent à devenir ce qu’on attend d’eux, plutôt que d’être qui ils sont. (Note : je ne critique pas la relation Astrid-Harold – y’a des soucis avec mais ici, c'est pas le souci principal dans cette vidéo - mais note qu’on plonge les personnages dans un cliché de la vie adulte : il faut se marier, se ranger, avoir des enfants et devenir ce qu’on attend de nous). Et au final, ce film qui résonnait envers les marginaux, les différents, on nous dit un peu : “okay, ce rêve de rendre le monde meilleur, c'est bien, mais à un moment, il faut abandonner, se ranger et devenir un⋅e bon⋅ne père/mère de famille”. C'est d'ailleurs aussi en partie pour ça que la pseudo-maturité dont je parle plus haut m'embête. Ici, c'est son côté "il faut savoir que parfois le mieux qu'on peut faire c'est de lui laisser sa liberté". Sauf que… ici c'est on abandonne une amitié super importante pour une vie de couple ? Merde, on dirait plus ces couples toxiques ou t'as une des personnes en mode "ah mais arrête de parler avec tes amis". Y'a un écard entre "laisser sa liberté" et "abandonner toute une relation importante pour nous". Y'a pas que les relations de couple dans la vie, et c'est encore plus vrais pour celles hétéronormées comme celles du film. Ils auraient pu s'éloigner un peu tout en se voyant toujours, ils auraient pu garder un lien de tas de manière. Cela créer un faux dilemme, comme si le choix était toujours "se séparer complètement" et "être tout le temps à côté" ! Ça m'embête vraiment.
Bref, pour moi c'est une fin où les héros sont forcé dans des carquant au nom d'une misanthropie encore plus naïve que pourraient l'être les idéaux des films précédant.
Fuck this shit. Vraiment vraiment fuck this shit.
Il y aurait eu tellement de meilleur fin possible. Tellement de fin qui auraient mieux respecté les thématiques du film. Mais tout dans le film semble l’impression d’être là pour forcer ce dénouement.
- La surpopulation est montrée et on tente de dire “non” à toutes les autres solutions
- Harold doit rester chef, personne d’autre ne peut l’être (c’est bête, ça aurait été une bonne occasion de FAIRE ÉVOLUER LES AUTRES PERSONNAGES)
- Olala les dragons n’accepteront jamais les humains (oh ça aurait pu faire une version inversion de l’intrigue du premier film ou des dragons auraient dû apprendre à apprécier des humains ? LOLNOPE)
- Le méchant est vaincu, mais comme y en aura toujours, autant abandonner.
C’est creux, c’est du pseudo-émotionnel pour moi. Je ne dis pas cependant que j’ai un souci avec les gens qui ont apprécié. C’est juste que moi… Juste non. Juste, j’ai vraiment ce sentiment que cette fin dit “fuck” à toutes les intrigues du 1, sans réussir à me convaincre. J’imagine que y’a aussi des objectifs derrière. De montrer que l’humain, avec la “technologie”, peut faire plus que même des créatures si puissantes. D’être une parabole de la destruction qu’on fait de l’environnement (mais sans chercher à la régler du coup).
Mais je trouve que tout ça ne marche pas. Ce film ne me donne pas l’impression de voir une fin douce-amer d’une trilogie que j’ai acceptée. Elle me donne juste l’impression de voir une redite du deux en moins bien, avec une fin décevante en tout point. Surtout qu'une partie de moi se demande… est-ce que cette fin n'existerait pas juste pour Dragons : Les neufs royaumes ? Juste pour ensuite ramener les dragons dans l'ère moderne ? Je ne suis pas contre faire une fin ou les dragons ne sont plus sur Terre, pour faire de la trilogie une légende préparant un retour des dragons plus tard… mais je me dis que la fin de la trilogie du coup ne marche pas. Il aurait fallu une menace plus crédible, et autre chose qu'un Harold qui quitte la quête de sa vie pour se marier de manière random.
Honnêtement, quitte à renvoyer les dragons, j'aurais plus fait que ce soit *eux* qui le décident vraiment, et Harold qui reprend le rôle qu'avait sa mère de gardien des dragons (aller, peut-être avec Astrid pour avoir le lien important de l'amour tout ça). Peut-être faire que l'histoire soit autant les humains qui apprennent à se débrouiller sans dragons, que les vikings qui apprennent à se débrouiller sans Harold. Heck, ça aurait donné une meilleure histoire pour le rival de Harold, avoir Harold qui LUI FAIT CONFIANCE et il sait pas gérer ça parce qu'il a toujours été habitué aux relations conflictuelles. (ça aurait été mieux que "bjr Harold je veux baisé ta mère", qui est cringe as fuck. Et le voir lui à la fin faire un au revoir larmoyant à Harold, se rendant compte que c'était un de ses meilleurs amis aurait été plus touchant. L'histoire aurait finie donc à la fois la légende des dragons et la légende d'Harold, gardien des dragons. On aurait gardé la décision de faire des choix difficile, mais un choix qui je trouve colle mieux avec Harold. Avec un bon méchant, c'est une fin que j'aurais trouvé un peu triste, mais où ça aurait été plus simple de croire que c'est pas juste un retour en arrière dans les relations humains-viking : il resterait un pont.
Si vous voulez voir un avis plus long sur le film 3 que je partage grandement (qui parle plus des soucis de mysoginie et de validisme de Dragon 3), je vous conseille cette vidéo : Why How To Train Your Dragon 3 Is Not Good qui je trouve est vraiment excellente pour en parler (et contient quelques points en communs avec mon point de vue, même si elle est plus complete sur d'autres aspects xD).