Il y a longtemps, dans les temps troubles de la Guerre des Vertues, deux royaumes magiques se firent la guerre sur une petite île aux larges de ce qu’on appelle l’Europe. C’était une guerre totale, comme on connaissait peu à l’époque. Tout était destiné à cette guerre, à cette haine présente entre les deux royaumes. Une guerre de conquête qui avait évolué en une guerre absolue. Ils utilisaient tout, soldats, magie et alchimie.
Leurs noms ne vous diraient rien, c’était de ces royaumes cachés que les magiciens construisaient en secret des forces non-magiques, pour se protéger de l’inquisition et des bûchers.
Dans un de ces deux royaumes vivait un exorciste, Patterson. Cet exorciste était puissant, et avait aidé mainte fois les habitants de l’ile sans distinction. On le disait comme le Flamel de l’exorcisme. Il aidait les gens lorsque les fantômes étaient trop agités, ou éliminait quelques goules qui attaquaient les populations. Mais il ne faisait pas partie de la guerre. Il soignait les populations blessées, tout au plus, ou affrontait les soldats qui s’attaquaient aux gens du quotidien. Parfois, dans les villages, lorsque des soldats décidaient de piller ou de s’attaquer aux personnes vulnérables, Patterson était là. Alors qu’on avait juré que personne était présent, soudainement il y avait à côté de nous cet homme enveloppé dans une immense cape. Ses pouvoirs faisaient apparaître des choses irréelles, sans coeur et sans âme, mais qui se battait contre les êtres humains avec la même intensité, alors qu’ils n’existaient pas vraiment. Des illusions tellement puissantes que lorsque l’inexistante lame semblait entaillé notre chair, notre esprit y croyait tellement fort qu’une blessure apparaissait. Patterson et son pacifisme devint rapidement une légende.
Le mage puissant qui ne voulait pas se battre, qui ne voulait pas de la guerre, quelle magnifique légende, quel bel espoir, n’est-ce pas ? Cependant, peut-être était-ce trop beau.
Un jour, le plus faible des deux royaumes lui demanda de l’aide. Il argua qu’il avait été attaqué, et qu’avec la puissante armée de mirage de Patterson, il pourrait renverser le cours de la guerre, permettre à ses sujets de rester libre du joug de l’autre royaume, et sans sacrifier ses propres soldats.
Patterson refusa, estimant que ses pouvoirs ne devaient être utilisés que pour protéger les gens et nous pour attaquer, et que la guerre était l’effet de l’avarice et les pêchers des humains. Le roi supplia, menaça, promis monts et merveilles, mis rien ne changea l’avis de l’exorciste. Il ne voulait pas faire partie de cette guerre. Cependant, le roi lui posa une dernière question : « vous voulez que l’on ne se batte pas. Mais que peut-on faire si devant nous quelqu’un est prêt à nous attaquer à tout prix ? ».
Patterson ne répondit pas. Il estimait que là n’était pas son rôle.
La guerre continua. Elle décimait la population, et le plus faible des royaumes se trouvait dans une impasse. Patterson avait refusé, les Sept Vertus avaient refusé leur arbitrage, les grandes organisations européennes d’exorcistes aussi. Devait-il se laisser envahir, ne plus opposer de résistance ? Il décida alors de faire un choix radical. D’appeler les nécromanciens. Les spectres, les morts-vivants et les squelettes rejoindraient alors le champ de bataille.
C’était le seul moyen de préserver son existence.
Ce fut le début de ce qu’on appela la Guerre Spectrale.
Le cours de la guerre changea. Chaque soldat qui étaient morts depuis le début de la guerre était de retour, corps et âmes séparées. Les spectres semaient la terreur dans les camps ennemis, les corps avançaient sans relâche, se reconstituant constamment. Un tourment qui semblait éternel aussi bien pour les êtres ramenés que pour ceux qu’ils exterminaient. Rapidement, le second royaume dût faire de même : pour la première fois depuis le début de la guerre, ils perdaient du territoire.
Et rapidement la guerre devint des hordes de corps ramené à la vie – ou aussi proche que ça pouvait en être – se battant éternellement, ravageant tout sur leur passage. L’horreur de la guerre changea encore plus les corps et les âmes. Les puissants manièrent avec de moins en moins de remords les forces terribles. À chaque nouvelle invocation, l’autre camp devait trouver une nouvelle pour pouvoir tenir.
Patterson continuait d’éviter de se mêler à la guerre, protégeant juste avec de plus en plus d’intensité les villages des attaques de morts vivant sur lequel les nécromanciens perdaient contrôles. Il devenait une épine dans le pied des deux royaumes, éliminant leurs armées de manière à ne pas pouvoir les ramener. Petit à petit, il érodait les armées de morts vivant. S’il se posait des questions sur son absence d’engagement, il tenait son idéal. Il ne se mêlait pas aux combats plus que pour protéger les civils.
Cependant, ils avaient aussi besoin de lui, il était ce qui évitait que leurs civils subissent trop les horreurs de cette guerre… Mais rapidement, la situation changea du tout au tout. Patterson arriva face à un village entièrement détruit, rasé.
Et les habitants avaient été rajoutés dans les rangs des armées de morts-vivants.
Patterson se posa de nombreuses questions sur ses choix.
Est-ce qu’il avait eut raison ? Est-ce qu’en refusant de participer à la guerre, il n’avait pas causé encore plus de tors qu’il aurait pu avoir en utilisant ses pouvoirs à l’intérieur de la guerre ? Est-ce que s’il avait fini rapidement la guerre avec une attaque des plus puissantes, éliminer l’un des deux régents, le pays ne serait pas en paix aujourd’hui ?
Est-ce qu’il utilisait bien ou non ses pouvoirs, est-ce que ses actions étaient juste ? Cependant, aussi, la colère montait. La colère contre ces puissants qui avaient utilisé les forces de la mort avec une absence totale de conséquence ou de remords. La colère contre les nécromanciens qui avaient utilisé cette guerre pour renforcer leur pouvoir politique et économique. Des marchands de morts qui se faisaient payer des fortunes pour faire revivre horreurs en boucle.
Et il est quelque chose de très dangereux avec les pouvoirs des exorcistes.
Ils sont lié à l’esprit.
Et la haine y est très puissante.
L’exorciste décida qu’il allait terminer cette guerre ici et maintenant. Et faire en sorte qu’une telle guerre n’arriverait plus jamais.
Que si les nécromanciens et les dignitaires n’avaient pas peur des morts-vivants, des guerres et des morts, il serait leur croque-mitaine, il serait le nom qu’ils murmuraient la nuit dans leur cauchemar. Il serait leur monstre, leur terreur.
Un jour, pendant une grande bataille de morts vivants, il passa à l’action. Les nécromanciens virent la nuit tomber en plein milieu de la journée, et une lune rouge semblait se lever. Au milieu du champ de bataille, les morts-vivants commençaient à fuir. Patterson s’y tenait, marchant lentement, provoquant la terreur chez des êtres dénués d’émotion. Les nécromanciens tentèrent de faire sortir d’autre corps de sous la terre pour entraver l’exorciste, comprenant qu’il allait les attaquer. En un geste, l’exorciste élimina les cadavres, brisant toute possibilité de les utiliser à nouveau. Les fantômes fuirent à son approche, mais en un geste il les conjura, les faisant disparaître.
— La guerre est finie, dit-il simplement.
Les morts vivants qui fuyaient furent interceptés par des filets d’éclats, qui défirent les sortilèges les ranimant. Les nécromanciens furent entourés par les mirages. Ils se rendirent espérant être épargné, mais ils virent dans le regard qu’ils ne faisaient plus face à l’exorciste pacifiste qui avait voulu éviter la guerre, mais un fanatique au cœur devenu froid. Le sillage de sang tracé par l’exorciste continua jusqu’aux guildes construites par les nécromanciens, qu’il brûla jusqu’aux fondations. Les rois des deux pays commencèrent à apprendre la gravité de la situation. Ils entendirent les légendes de batailles entière réduites à néant par la magie de l’exorciste.
Certains habitants commencèrent à suivre l’exorciste, d’autres s’y opposèrent. Était-il un monstre qui cherchait à d’éradiquer une pratique entière et qui attaquait égalitairement deux pays qui n’avaient jamais été à égalité, ou était-il un brave pacifiste épuisé par la guerre qui prenait des mesures drastiques ?
Son armée de mirage détruisit petit à petit les deux armées spectrales. En moins d’une année, il avait réduit à néant les forces surnaturelles de deux pays, et forcé les nécromanciens, même ceux qui ne faisaient que s’entourer de fantôme, à vivre dans le secret et la clandestinité. Les deux pays tentèrent d’utiliser leurs armées régulières, qui ne suffirent à faire face aux armées mirages et aux soutiens de l’exorciste.
Les deux rois furent éliminés. Le roi du pays le plus faible demanda « pourquoi ? » à Patterson. L’exorciste répondit que rien ne justifiait l’usage de tels pouvoir.
La paix sembla régner un moment.
Les nouveaux régents avaient peur, et Patterson commença à former une lignée. Il sélectionna lui-même ses enfants les plus prometteurs et leur donna une mission : jamais plus les forces de la mort réussiraient à semer le chaos sur le monde. Ce fut les débuts du Clan Patterson, l’un des plus grands clans d’exorcistes du monde, mût par une mission, celle d’éliminer le mal.
Cependant, le temps avancèrent et les temps changèrent. Le royaume le plus faible subit longtemps le stigma d’avoir été le premier à avoir utilisé la nécromancie. Il fut appelé le Royaume Funèbre même pour ça par de nombreux de ses ennemis. Et au bout de quelques décénie, une nouvelle guerre éclata. Une guerre visant à les punir de leur pécher. Personne n’intervint. Le royaume fut envahi, et les légendes du royaume funèbres y mutèrent, leur époque indépendante devint un temps funeste qu’il fallait oublier. Et les descendants des familles qui avaient pratiqué la nécromancie, marqué par des yeux rouge sang, furent considérés comme des porteurs de morts.
Patterson, lui, fut considéré comme une légende. Fondateur légendaire d’un clan, vu comme une figure tragique ayant perdu espoir en l’humanité après une guerre horrible. Mais vu aussi comme le début d’un fanatisme qui posa un soupçon avec tous les mages qui s’approchaient du sujet tabou de la mort, qui a éradiqué des tas d’innocent juste parce qu’ils étaient dans les guildes et pratiquait la nécromancie. Aujourd’hui encore, pour bien des membres de ceux qui parlent aux fantômes et apaisent leur peine sans les faire partir, le nom de Patterson est celui de celui qui a transformé l’exorcisme en une inquisition,
Et aujourd’hui encore, l’un des plus grands interdit reste le retour de l’utilisation des morts vivants dans la guerre. La Guerre Spectrale était devenue un avertissement. Quelles que soient les justifications, jamais le Clan Patterson ne laisseront un tel événement se reproduire.