L'espoir et le néant.

11 minutes

Attention, cet article parle de questionnement sur le sens de l’existence, sur la vie, sur la mort. Sa lecture peut être difficile si vous allez mal. Je parle aussi beaucoup de ressenti personnel, et donc si vous n’avez pas forcément envie de lire cela, il y aura des articles plus intéressant sur ce blog ^^

Note bis : ceci n’est pas un essai philosophique sérieux, ni un truc universitaire, juste une réflexion inspirée par mes lectures et souvenirs de philosophie.

Je ne crois pas en grand-chose. Je ne crois pas vraiment en un univers qui a un sens. Quand j’étais jeune, la question de pourquoi il y avait quelque chose plutôt que rien me terrifiait. Je ne savais pas vers où j’allais, et j’espérais qu’en grandirait, j’aurais les réponses, et que ces épisodes de peur, de vide, allaient disparaître. J’ai grandi, mais le monde n’a pas pris de sens. Je dirais même qu’il en a perdu. Nous sommes tous des voyageurs sur des routes sans finalité, des chemins qui n’amènent à rien.

Je suis un peu nihiliste. Je pense qu’il n’existe aucun sens en lui-même, je pense que le monde n’est que matière froide et qui ne nous apportera pas de réponse. Je pense qu’il n’existe pas de réponse à « pourquoi la vie », que à « comment la vie ». La morale n’existe pas en soi, c’est l’être humain qui l’a créé. Le bien, le mal, rien de tout cela n’existe sans nous. Mon existence en soi n’a pas de raison d’être. J’aurais très bien pu ne pas être là, comme chacun d’entre nous, et le monde aurait continué à exister sans moi. Même si demain je me faisais percuter par une voiture, des gens en souffriraient, mais « le monde » en lui-même continuerait d’exister.

Je pense que je suis une machine de chair, que mes sentiments, mes actions, mes désirs, mes espoirs sont le résultat de phénomène physique dans mon cerveau, et d’un point de vue sociologique, de conditionnements sociaux lié à ma classe sociale, ma famille, mon environnement, le tout relié aux différents aspects de ma psychologie, de ma potentielle neuroatypie, etc. Je suis un ensemble de phénomène physique, chimique, biologique, psychologiques et sociaux. Une machine qui vit.

À la mort de mon père, cette idée me révoltait. J’avais du mal à l’idée qu’il fasse beau quand quelque chose d’aussi destructeur était arrivé. Mon monde s’était détruit, mais le monde continuait à vivre. Au fond, je ne sais pas ce que j’espérais. Bien évidemment que le monde entier n’allait pas arrêter de tourner pour ma douleur et celle de mes proches. Mais c’était la première fois que je vivais un tel choc. Mais avec le recul, au fond, c’est normal ? Nous sommes des gouttes d’eau dans l’océan, et ce que nous voyons de la réalité est tordu par le jeu des célébrités, des influenceurs, et de tous ceux qui sont connus par toustes. La douleur que j’avais, et que j’ai eut à chaque fois que je perdais quelqu’un que j’aimais, n’était pas parce que c’était une fin du monde, mais parce que c’était la perte d’une personne que j’aimais et qui m’apportait tant. Une petite fin de mon monde. Celle qui arrive à tout le monde.

Quand je disparaîtrai, une grande partie de ce que j’ai fait disparaîtra avec moi. Beaucoup de ce que je fais est éphémère, et ne laisse pas beaucoup de souvenir. Qui se rappellera d’un petit blog tenu par un furry queer fan de philo, qui se rappellera d’un blog d’informatique, de quelques fansites peu maintenus ? Dans un jeu auquel j’ai joué (Dawn Chorus, un VN furry gay avec des aspects NSFW mdr), j’ai vu un bout de texte que j’aimais beaucoup.

L’idée que la vie est une lutte constante contre l’entropie. Quand on ne bouge pas, on revient vers l’état originel. Vers la mort, la disparition. Nos amitiés s’étiolent si on ne les entretient pas, la poussière arrive quand on ne fait pas le ménage. L’entropie. Peut-être un début de sens dans ce monde absurde. Dans ce monde où on nous parle de karma, de justice cosmique, mais où chaque jour des gens mauvais arrivent au pouvoir et sème misères et désolation. Dans ce monde ou chaque jour, je vois que vouloir la mort des miens, des queers comme moi, n’est pas suffisant pour que quelqu’un en soi plus soutenus. Voir sa vie être considéré comme quelque chose de négociable, sujet à débat, n’aide pas vraiment à se dire que ce monde est beau.

Tout cela peut paraître sombre, et en effet, ma vision du monde est sombre. Le monde est une corde raide au-dessus du néant, ou l’on doit rester à chaque instant attentif si on ne veut pas être poussé dans le vide par l’entropie. Ou les machines de chair que nous sont errent sans réponsent. Cependant, je pense qu’il existe quelque chose de beau dans le monde, et quelque chose qui fait que tout cela vaut le coup.

Parce qu’il y a quelque chose plutôt que rien.

Parce qu’il y a l’infinité des personnes qui tentent de faire mieux.

Je vois la haine du monde, mais je vois l’amour de celleux qui sont attaqués et qui tentent ensemble de résister. Je sais que je ne suis pas seul·le face aux gens voulant la perte des gens comme moi. Et j’essaie d’aider aussi celleux qui ne sont pas comme moi, mais qui souffrent aussi d’oppression. Ce n’est qu’ensemble qu’on pourra résister, et cela veut dire déconstruire les oppressions où l’on est oppresseur aussi.

J’ai un peu d’espoir.

Et quant à ce monde absurde, quant à notre condition de souffrance dans un monde froid et cruel, Albert Camus dans son mythe de Sisyphe écrit en 1942 a écrit un passage important (en vrai y’a beaucoup de moment important, c’est un essai passionnant) :

La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.

Dans son essai, Camus relie la condition de Sisyphe (devoir rouler constamment un rocher en haut d’une montagne) la découverte de l’absurdité du monde. Pour Camus, la seule position philosophique cohérente face à l’absurde est la révolte. Le monde est absurde, mais on trouve dans la révolte une forme de bonheur. Même si cet essai m’a beaucoup fait réfléchir, je suis pas totalement d’accord. La révolte n’est pour moi qu’une partie du puzzle. Parce qu’au dela de l’absurde du monde, il est en fait très cohérant. On peut comprendre ses mécaniques de pouvoirs.

Et au final, en fait c’est là où on arrive avec un autre aspect. Nous sommes des machines, potentiellement un jour prédictible – ce qui est terrifiant – et dont nous ne contrôlons pas tout ce qui nous influence. Cependant, c’est là ou peut arriver ce qui peut nous aider. Apprendre, comprendre comment on fonctionne. Je me souviens d’une image qu’avait utilisé mon prof de philo en terminale, qui vient je crois de Spinoza. On est comme dans un bateau pris par des courants. Cependant, on peut utiliser les courant pour se déplacer, jouer des voiles pour prendre le vent ou non. Je pense qu’on peut avoir une liberté malgré le fait qu’on soit des machines physiques. On peut trouver une place pour être nous. D’une manière, la vraie liberté ne serait pas de combler ses envies immédiates, mais d’agir conformément à ce que nous voulons être, et de ce qui est le mieux. Et pour moi, c’est aussi là qu’on retrouve la notion de bien et de mal. Parce que même si le bien et le mal n’existe pas en soi, on peut retrouver des idées de base, on peut ressentir qu’on ne veut pas que les gens ont mal. On peut se dire « non, ça cloche de faire du mal aux autres ». Je suis conséquentialiste : je pense que la valeur morale d'une action est liée aux effets de ses conséquences potentielles (en tout cas celles que l'on peut prévenir raisonnablement). Et je pense qu’on doit chercher l’idée de bien et de mal dans l’idée de protéger le plus possible les gens, de faire le plus de bien à notre niveau. Et je me méfie de tout les « oui mais qui on fait souffrir plutôt que d’autres ». Je me méfie des visions utilitaristes qui cherchent à se demander « quand c’est okay de faire souffrir ? » (coucou Peter Singer), plutôt que « il faut tenter d'aider le plus possible des gens ». Mais je pense que certains philosophes font un peu de la branlette de dilemme moraux parfoit. Mais hors de cet apparté, l’aspect important est ça : même s’il n’existe pas une morale absolue venant du monde, on peut en construire des bonnes en tant que société.

Et en parlant de construction, je pense que dans cette liberté, le seul bonheur que nous pouvons trouver est construit, et doit être construit avec ceux que nous aimons. Avec nos adelphes, avec celleux qui nous comprennent. Et c’est ce que j’essaie à me raccrocher. Construit dans ce monde froid mes petits bouts de bonheurs, malgré les moments de doutes, de peur, de déprimes. Malgré les paniques. Malgré ces soirées où je me demande si tout cela en vaut la peine.



Évidemment, comme tout, tout ce que je fais tombera à la poussière, dans l’oublie, sans traces. Comme sans doute tant de belles choses qui ont existé à travers l’histoire. Combien de poèmes sont oubliés, combien de chants n’ont été chantés que devant un campement entre quelques amis, familles ou amant·e·s ? Mais est-ce que toutes ces œuvres sont moins belles parce que nous ne les connaissons pas ? Je me dis maintenant que si j'ai pu aider au moins une personne à un moment avec ce que je fais, alors ce que j'ai entrepris vaut le coup.

Même si tout cela aura une fin, peut-être triste, peut-être que je n’aurais pas le droit à vivre vieux et m’éteindre dans mon lit entouré de gens qui j’aime… c’est maintenant que les choses qui comptent existent. Si quelques personnes peuvent aller un peu mieux durant le temps ou je suis là, c’est complètement worth it.



Et on pourrait se demander si tout cela vaut le coup. Si lutter contre l’entropie, qui jamais ne va s’arrêter, de lutter pour rester sur ce chemin qui n’a aucun but et qui va vers une fin inéluctable, vaut le coup. Après tout, pourquoi lutter contre les forces qui nous ramèneront à la poussière, si c’est pour devenir quand même poussière à la fin ? Je n’ai pas de réponse définitive à cela.

De mon côté, ce sont des gens en particulier, quelques moments qui me font dire que tout cela vaut le coup. J’ai envie de faire un bout de ces chemins sans buts avec elleux. Et pas que des gens proches, quelques personnes que je lis de loin, auquel je n’ose pas toujours dire bonjour. Mais aussi des proches, des amis, des ex, de la famille, etc.

Je pense que face à l’absurdité du monde, l’espoir dans le néant ce sont les personnes qu’on aime. Des lumières qui guident dans le noir et la pénombre.