10. Breathe Again

32 minutes

Je marchais dans la neige, malgré le froid, et il ne suffisait pas à calmer ma colère. Le paysage de nuit, les arbres, la lune, rien de tout ça réussissait à apaiser l’incendie qui cramait tout dans mon âme. Bref, j’étais furax.

Cet imbécile m’avait donné un espoir, et me l’avait repris aussitôt. Quand il avait perdu la clef de sa chambre, et qu’il avait demandé s’il pouvait dormir dans la mienne, j’espérais que j’aurais enfin les réponses à mes questions. Arvo m’avait abandonné trois ans, avait éloigné même ses potes de moi. On était meilleurs amis, et d’un coup il avait disparu de ma vie. Je m’étais demandé pendant tout ce temps ce que j’avais fait de mal. Surtout qu’au fond, j’avais des sentiments pour lui. Mon premier crush qui me jarte de sa vie, ça m’a fait giga-mal. Merde, ça m’avait même pourri une relation des années après, j’y arrivais juste pas à être vraiment dedans.

Et c’était par pur hasard que je l’avais revu et je l’avais vu à la fac. Et qu’il discutait parfois, un peu distant. Et ça me bouffait. Je voulais juste savoir pourquoi il avait fait ça.

Il avait refusé de dormir dans la même chambre que moi. En soi, logique. Mais quand il avait perdu sa clef, il m’avait demandé si je pouvais l’héberger. J’aurais presque sauté de joie. À la fois pour les réponses… et pour l’espoir. Parce qu’en vrai, il avait été sympa avec moi ce premier jour. Je lui avais montré ce que je faisais en musique, il avait dit trouver ça cool… Je me disais que peut-être qu’on pourrait être au moins un peu comme avant. Comme les potes du collège, comme si on avait pas passé trois ans sans se parler, comme s’il m’avait pas abandonné.

Et puis au dernier moment, pouf il l’a retrouvée, et me dit qu’il va finalement bien dormir dans sa chambre.



Au fond de moi, je savais que si, il l’avait sûrement vraiment perdu, que peut-être qu’il a voulu revenir dans sa chambre parce que c’était awkward comme situation, et qu’il ne pensait pas à mal. Mais ça faisait mal, j’avais l’impression d’un second abandon par cet abruti de léonard des neiges. Je voyais le lac gelé. La glace avait l’air fragile, je préférais éviter de passer dessus. J’étais furax, triste, déçu, démoli mais pas suicidaire. Pas encore. Je tentai de courir pour éviter les émotions. Comme si je pouvais aller assez vite pour qu’elle ne me rattrape pas – surtout que j’étais franchement pas sportif. Dans ma tête, ça tournait en boucle.

Il m’a encore laissé.

Il m’a encore laissé.

Il m’a encore laissé.

Il m’a encore laissé.

Il m’a encore laissé.

Le froid me brûlait un peu, mais je voulais pas rentrer. Pas envie de croiser quelqu’un, pas envoie qu’on me demande ce qui se passe. Je connaissais en plus pas grand monde ici, à part Travis. J’étais pas très bon pour me faire des potes.

Faut dire, difficile quand son meilleur pote nous laisse sans explication.

Je ne savais pas si je voulais penser à autre chose, ou si je voulais penser à ça en boucle. Cela faisait mal, mais c’était mieux que le vide. Et comment penser à autre chose ? Qu’est-ce que cela pourrait m’apporter ? Cela ne changerait rien à la situation. Je ne voulais pas avoir un « autre point de vue » sur tout ça. Je voulais juste qu’il me dise tout. Qu’il me dise si c’était qu’au fond, j’étais un mauvais ami et qu’il me détestait. Qu’il me dise s’il ne m’appréciait pas, si j’étais juste une connaissance lointaine pour lui. Si trois ans suffisait pour faire complètement disparaître une amitié.

Et une partie de moi espérait qu’il trouverait une bonne raison, une explication qui serait tout ce que j’aurais pas vu, qui dirait que je m’étais trompé.

Une explication qui effacerait magiquement toute ma peine.



Une autre partie de moi espérait qu’il n’en trouverait aucune, que je pourrais lui crier toute ma douleur, toute ma peine, toute ma colère à la tronche. Que je pourrais lui dire qu’il n’était qu’un immonde égoïste, de m’avoir laissé deux fois. Qu’il n’était qu’un lâche de m’avoir abandonné. Que je le détestais, et qu’il pouvait crever, je n’en aurais rien à foutre.

J’avais envie de lui montrer comment il m’avait fait mal. Lui foutre la peur de sa vie peut-être ? Où juste avoir une explication entre adulte ? Cela lui ferait peut-être encore plus peur vu comment il avait fuit.





Arvo avait vu une silhouette dehors courir. Il était quasiment sûr que c’était Mikko. Punaise, mais pourquoi il avait décidé de revenir à sa chambre ? Pour ne pas déranger ? Parce que la situation était super génante ? Il ne le savait pas vraiment.

Au fond, surtout, il avait peur.

Il était sorti pour tenter d’être sûr que tout allait bien. Pour suivre Mikko et s’assurer que ses conneries ne causent pas trop de dégats.

Il ne savait pas comment rattraper.

Il ne savait pas s’il avait une bonne excuse.

Il ne savait pas vraiment complètement qui était le Mikko d’aujourd’hui.

Mais il était sûr qu’il ne voulait pas que Mikko souffre trop de ses erreurs, de ses fautes. Dans un éclat de lueur, par la fenêtre, il avait cru voir des yeux vides, presque bloqués dans une crise de panique ou quelque chose du genre.

C’était pas bon.



Il courut dans le froid, dans la neige, dans son inquiétude aussi. Et alors qu’il voyait son ami vers la forêt, pas loin du lac, il mit un pied sur la glace.

Et un craquement sonore se fit entendre.





Un craquement sonore se fit entendre. Le lac. Merde, quelqu’un avait marché dessus ? Je me retournais pour voir, et vit rapidement une silhouette sombrer.

Merde.

Merde.

Merde.

Oh non, oh non, oh non, oh non, oh non, oh non.

Je reconnaissais cette silhouette, cette forme, ce manteau, ces moufles. Non, ce n’était pas possible… Mais si, cela n’avait pu qu’être lui que j’avais vu sombrer dans le lac. Je le reconnaissais entre mille, malgré le temps, malgré la colère, malgré la nuit.

Une forme féline, plus grande que moi, un peu massif mais pas trop. Des cheveux dont je reconnaissais sans soucis la forme, même s’ils avaient changé en trois ans.

Mon meilleur ami, mon premier amour, la personne avec qui je passais tout mon temps. Mes premiers contacts physiques, la découverte que j’étais homosexuel. La personne qui m’avait laissé, que j’avais pleuré, dont je n’avais pas compris les actions. Tant de chose à la fois en une seule personne

— ARVO !!!



Je me précipitais en hurlant son nom, mais quand j’arrivais au lac, il n’y avait plus que l’eau sombre. Non, ce n’était pas possible. Je ne voulais pas me dire que je venais de voir mon ancien meilleur ami crever comme ça. Je suppliais qu’il remonte à la surface. Mais seule l’onde de la surface me répondait. Quelques bulles.



Oh non, oh non, oh non, oh non, oh non, oh non. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible.



Bordel je m’en voulais comme ce n’était pas permis.

J’avais voulu lui dire que je m’en foutais s’il crèverait, et évidemment il était en danger de mort imminent devant moi. Et je ne pouvais rien faire. Je ne pouvais pas assez bien nager pour sauver quelqu’un tombé dans un lac glacé. Je ne servais littéralement à rien dans une telle situation. Il allait crever devant mes yeux, par ma faute.

Parce que pourquoi serait-il dehors si ce n’avait été pour me suivre ?

Tout était de ma faute.



— Je le pensais pas, survis et revient espèce d’abruti, remonte… S’il te plait, ne crève pas comme ça, pas juste sous mes yeux.

Je tentais d’appeler à l’aide. Je m’égosillais.



Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas possible.





Arvo coulait. Le froid l’engourdissait, étourdissait ses émotions, ses sens, son esprit. Il revoyait une ancienne scène, dans un champ, avec Mikko. Il revoyait son grand sourire. Il ne l’abandonnerait jamais. Il l’aimait.

Mais il l’avait abandonné.

Il n’aurait jamais réussi à lui dire qu’il l’aimait. Et qu’il avait pris peur.

Il allait mourir stupidement, juste pour une erreur bête de jeune adulte ne maîtrisant pas bien ses émotions.



Peut-être était-ce plus simple d’abandonner et de se laisser couler.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.

Abandonner.



Mauvaise fin

Je ne sais combien de temps j’ai hurlé. Des heures peut-être. À hurler son nom, à hurler pour que n’importe qui vienne, pour que n’importe qui vienne le sauver, vienne nous sauver de cette situation. J’ai supplié aussi, quand ma voix ne pouvait plus porter, et dès que je pensais le pouvoir à nouveau, je hurlais à nouveau, de toute la force qu’il restait dans mes poumons. Je ne sentais même plus le froid mordant de la nuit.

Je ne sentais que la terreur et la douleur.

Mais personne n’est venu.



Je suis resté à pleurer, avant qu’enfin, l’idée me vienne d’aller chercher le Coach. Lorsque nous retournâmes au lac, même avec les lampes, on ne le trouva pas. On inspecta chaque mètre carré de glace, le coach la cassa pour tenter de retrouver Arvo. Mais rien. L’explication me donna envie de vomir. Son corps avait dû s’engorger d’eau et couler. L’idée de voir Arvo comme un cadavre qui coulait dans l’eau et remonterait un jour, gorgé d’eau m’horrifiait et me donnait une nausée horrible.

Je criais toujours son nom, même si ça servait à rien. Je l’espérais, en espérant le voir resurgir de l’eau, d’un arbre, de n’importe où.



Mais c’était trop tard.

Je ne pouvais plus que pleurer, sans savoir comment j’allais faire pour survivre avec la mort d’Arvo sur ma conscience. Je répétais son nom en boucle, comme si cela allait le faire revenir. Je suppliais, je hurlais. Je voulais négocier, me dire que je voulais bien qu’il quitte à nouveau ma vie et m’abandonne, s’il survivait. Que je préférais qu’il soit loin de moi mais en vie, qu’un corps flottant dans cette eau glacée. Et une partie de moi me répétait en boucle la même chose.



« C’est ta faute, Mikko »



Je n’aurais jamais dû sortir.

Je n’aurais jamais dû venir ici.

Je n’aurais jamais dû lui proposer de partager ma chambre.

Je n’aurais jamais dû espérer.

Je n’aurais jamais dû… je ne sais pas quoi mais je n’aurais jamais dû le faire.



J’étais seul, il avait disparu dans l’eau glacée et ne reviendrait jamais. Il était mort.

Mort.

Ce mot était déchirant à penser, c’était comme si mon propre corps était réduit en morceau par ce fait.



Je sentis de manière lointaine la main du coach.

Je n’avais pas envie de rentrer.



J’espérais que le froid allait arrêter la douleur.



Bonne fin



Des pas arrivèrent vite. Une ou deux minutes tout au plus. Je vis un chat noir, que je ne connaissais absolument pas.

Il me demanda ce qui se passait, je lui dis qu’Arvo était tombé à l’eau. Je me suis senti bête, évidemment qu’il n’allait pas savoir qui était Arvo. Il sort la lampe de son téléphone, pour voir à travers la glace. Une silhouette plus loin, qui était sous la glace et ne pouvait remonter. Arvo.



Soit en vie, soit en vie, soit en vie, soit en vie, soit en vie, soit en vie, soit en vie.



Le chat réussi à briser la glace, et à le remonter. Il me demanda de l’aide. Bordel, j’étais resté à le regarder sans rien faire, pendant qu’il sauvait mon ancien meilleur pote dont j’avais failli causer la mort. Je le saisis par la taille, tirant de toutes mes maigres forces. Le corps inanimé d’Arvo sorti de l’eau, et immédiatement le chat se mit à tenter de le ranimer. Il me demanda d’aller chercher du secours.

Je rentrai au chalet pour trouver quelqu’un qui pourrait aider, qui pourrait nous sauver. Tout me semblait… irréel. J’étais en train d’entrer dans ce chalet chaud alors qu’Arvo était peut-être mourant dehors. J’allai jusqu’à la chambre de Devon, notre coach. Il n’était pas endormi, et regardait des photos dont je ne connaissais pas les gens. Il les posa et réagit immédiatement à mon air paniqué.

Je crois que mes explications n’étaient pas claires, mais le message le plus important était passé : il devait venir, c’était grave, j’étais en panique. Il ne me dit pas de retourner dans ma chambre. Est-ce qu’il préférait pouvoir voir ou j’étais ? Est-ce qu’il pensait – à raison – que tout était de ma faute ? Nous retournâmes jusqu’à là ou était le chat noir, et Arvo.

Qui respirait.



Le chat noir expliqua qu’il avait réussi à ne ranimer, mais qu’il n’était pas encore hors d’affaire. Il fallait le ramener dans sa chambre, le changer et le réchauffer de manière urgente. Le coach acquiesça, remerciant le chat – qui s’appelait Klaus visiblement. Je n’oublierais pas ce nom, il avait sauvé Arvo. Le coach attrapa mon ami sans difficulté, et le ramena au chalet, en courant. J’eus du mal à suivre le pas, mais j’avais trop peur à l’idée qu’il me sème. Comme si, si je ne le voyais pas, Arvo allait véritablement mourir. Nous amenâmes Arvo jusqu’à sa chambre, dans la salle de bain.

Dans sa chambre, je voyais ses affaires. Son appareil photo instantané, qu’il aimait utilisé pour prendre des photos rapides. Le reste de son matériel de photo. Il rêvait de ça. L’idée de me dire qu’il avait tous ces rêves dont je ne faisais pas partie me faisait mal, mais cela me faisait encore plus mal d’imaginer ce qu’il aurait pu se passer. Devoir vider sa chambre à travers un deuil, voir des affaires qui avaient fait partie de sa vie perdre tout leur sens maintenant qu’il n’était plus là. Devoir transporter des objets qui me rappelerait chaque instant qu’il était mort. Non, cela me semblait impossible. Je ne pouvais pas faire un deuil, les gens fort le pouvait, pas moi. Je n’avais même pas réussi à l’oublier quand on n’avait plus parlé, comment vivre quand on perdait quelqu’un ? Je ne comprenais même pas l’idée que ce soit possible… et je ne voulais pas non plus que ce soit possible. L’idée qu’il meurt, et que je continue ma vie comme si de rien était… L’idée même me faisait me détester.

Je sentis une main sur mon épaule

— Mikko, ça va ? Si tu as besoin de retourner dans ta chambre et de te reposer, tu peux, je peux m’occuper d’Arvo.

Je rougis, de honte. Mon ami – même si c’était compliqué – était potentiellement en train de crever de froid et je me plongeais dans le scénario où il était déjà mort. Je pris une inspiration, et dit que je préférais rester… pour le voir.

Il fit un petit mouvement de tête.

— T’épuise juste pas. Je te ferais une dispense pour les cours demain, et faudra que tu n’hésites pas à voir potentiellement la cellule psychologique de l’université. Ce que tu as vécu est traumatisant, et il ne faut pas hésiter à demander de l’aide. Pour Arvo, on fera tout pour qu’il aille bien, on va appeler l’hôpital si ça empire.

Je hochai la tête, ne sachant pas vraiment quoi dire.

Avec le coach, on retira les vêtements trempés et glacé d’Arvo, et tenta de le sécher du mieux qu’on pouvait. Il grelottait, toujours inconscient. Il était glacial. J’allais récupérer dans son sac son pyjama pour lui enfiler, ainsi qu’un gros pull. J’eus une idée, et me dirigea dans la salle de bain.

— On peut utiliser le sèche-fourrure, pour le réchauffer !

Le coach secoua la tête.

— Non. On risquerait de le bruler. Le sèche-fourrure ne couvre qu’une petite zone, et il faut éviter le choc thermique. Nous devons le réchauffer lentement.

Je baissai la tête. Je l’aurais fait si le coach n’était pas là. Heureusement que je ne faisais pas ça seul. Il sembla remarquer ma honte et repris la parole, le ton plus doux.

— L’idée avait du sens, c’est normal que tu ne savais pas ça. Mais ne t’inquiète pas, il va s’en sortir.



Je me mis dans le fauteuil à côté de son lit. Le coach haussa les sourcils, mais ne dit rien de plus que ce qu’il m’avait déjà dit, juste de bien penser à me reposer en sortant de la pièce. J’imagine qu’il comprenait. J’avais failli le voir mourir devant mes yeux, je voulais rester là. Je ne voulais pas qu’il disparaisse. Pas à nouveau. Je me sentis mal de comparer le fait qu’il avait failli mourir avec le fait qu’il m’avait laissé y a trois ans.

Je le regardais. Son corps semblait paisible, comme s’il dormait normalement. Il grelottait. Une partie de moi avait envie d’aller me coller contre lui pour le réchauffer… Mais cela me semblait mal, comme si je profiterais de la situation. Je lui en voulais toujours un peu, évidemment, mais là, dans l’immédiat, j’étais trop rassuré pour être encore en colère contre lui. J’aurais mes réponses, mais pour l’instant, j’allais veiller un peu sur lui. Pas pour le gagner ou quoi que ce soit, non. Juste parce que cela me semblait la chose à faire. Et s’il me faisait un coup du genre, je sais pas, j’allais le poursuivre avec une hache dans les bois, pourquoi pas.

Le coach revint avec ma couverture, et me dit de m’envelopper dedans si je voulais rester.

— Fais bien gaffe à toi, tu ne lui rendras pas service si tu tombe de sommeil. Dors quand même.



Lorsqu’il reparti, je ne restai pas éveillé très longtemps. Je m’étais imaginé veillant sur lui toute la nuit, vérifiant son état de santé… Mais les événements m’avaient vidé.





Un corps qui tombe à l’eau.

Une vie qui s’arrête.

J’ai eu de la chance qu’il survive.

Peut-être que j’aurais préféré que ce soit moi qui me noie.





Au petit matin, un Lion déboula dans la chambre.

— ARVO !!!

Lake avait appris la nouvelle, et s’inquiétait pour son colloc. Il était accompagné de Jorgen, une chauve-souris avec qui j’avais très peu parlé. Une partie de moi ressenti un pincement de jalousie. Est-ce que j’avais été remplacé, d’une manière ? J’expliquai au lion ce qui s’était passé, m’attendant à ce qu’il me tienne comme responsable de la situation, et qu’il m’en veuille et me déteste. Une partie de moi pensait le mérité.

Mais sa réaction fut toute autre.

— Oh merde, et toi, tu vas bien ? Tu as dû être terrifié. Voir quelqu’un se noyer sans rien pouvoir faire… On a eu de la chance que ce chat noir soit passé par là…

— Pour une fois que Klaus sert à quelque chose.

Je me retournai vers Jorgen. Il semblait lui aussi rassuré, même s’il ne connaissait pas Arvo. Sans doute qu’il était plus rassuré pour Lake. Sa pique ne sembla pas faire réagir Lake, qui me serra dans ses bras – okay c’était pas prévu – et me dit que j’avais bien fait d’aller chercher Coach et que j’avais sauvé Arvo.

Il resta un moment – c’était un peu gênant aucun de nous deux n’osaient parler – et reparti, devant aller aux cours, et moi je restai seul avec Arvo. Après quelques minutes, je le vis bouger. Le soleil était arrivé en plein dans son visage, et ça semblait le géner. Il ouvrit les yeux.

— Mi… Mikko ? Je suis… c’était un rêve ?

Je grimaçai.

— Non, tu es bien tombé dans le lac… Tu te sens comment ?

— J’ai mal partout, j’ai l’impression d’avoir les poumons en feu…

Il tenta de s’asseoir, et remarqua qu’il avait changé de tenue. Il détourna le regard, géné. Il me remercia… Et ce fut ce qui me fit craquer.

— Mais qu’est-ce que vous avez tous à me remercier ! Tu es tombé dans le lac par ma faute, si j’étais pas sorti, rien de tout cela ne serait arrivé !

— Non Mikko, tu ne m’as pas forcé à aller sur ce lac, ce n’est pas ta faute.

Il soupira.

— Surtout que si tu es sorti, c’est un peu par ma faute ? Parce que j’ai dis qu’on allait passer la soirée ensemble, puis j’ai changé quand j’ai retrouvé ma clef…

Je ne répondis pas. Une partie de moi avait envie de dire « oui » et de lui crier dessus pour ce qu’il m’avait fait – depuis trois ans – mais une autre avait envie de lui dire que non rien n’était de sa faute et qu’il n’avait aucune obligation envers moi.

Il se releva un peu plus, tant qu’il le pouvait avec son corps engourdi.



— Mikko… j’aimerais qu’on parle, quand j’irais mieux… J’ai des excuses à te faire. Pour ces trois derrières années.